20140408 - JFC Morfin

From DNSA
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Merci de me pousser au cérébral, car il faut toujours avant de s'engager dans un long combat bien mesurer ses raisons et ses objectifs pour les autres. La suite sera ailleurs et plus technique, mais le lien entre le matériel, le logiciel et le noogitiel (la manière dont nos cerveaux en réseau utilisent ou se font berner par tout cela) est la clé. Et c'est là où la francophonie mondiale attend la contribution africaine et de son génie du mot et des langues : les machines ne sont qu'un support devenu nécessaire, mais compliquant du relationnel humain.


Question :
une fois encore Jefsey, je suis du meme avis que vous et c'est d'ailleurs a ce niveau que le principe ou meme le concept de "societe de l'information" pose probleme. Quel est le pourcentage de la multitude ,qualitativement et quantitativement, quels sont leurs espaces geographiques et où peut-on les situer? comment pouvons nous apprecier la force de leur capacitation digitale par rapport au potestas?


Cela je ne peux le dire, seulement proposer de nous y mettre. Pour en justifier l'investissement personnel (à commencer par le mien) je réponds donc par une dissertation de réflexion sur la situation intellectuelle que nous rappelle la nécessité, pour chacun, de devoir décider de notre propre après-NTIA (« communautés mondiales » [comme dit la RFC 6852 stratégique de référnce] Google, Apple, Facebook, ou Microsoft, etc. ). S'il en est qui la lisent, et qui la lisent jusqu'au bout, ils seraient sans aucun doute précieux sur la liste de discussion du DNSA: http://dnsa.org/mailman/listinfo/agora_dnsa.org.


Il semble que le challenge soit en fait aussi "simple" que lorsque nous avons commencé à écrire; ou à parler. L'homme d'aujourd'hui est en train de rencontrer une "singularité". On nous rabâche l'idée que cette singularité est celle de la machine, qui devient plus intelligente que nous. Cela ne signifie pas grand-chose, car la machine ne le "saura" pas, n'étant pas consciente. Par contre ce que nous nous pouvons savoir, c'est que si l'on supprimait les ordinateurs l'on provoquerait le plus grand génocide de l'histoire et que d'ici quelque temps ce serait le suicide de l'humanité. Ce jour-là, la machine informatisée nous sera devenue sociétalement intrinsèque. La société humaine sera devenue "anthropobotique" (bot = agent intelligent autonome).

Si l'on y regarde bien, cette machine que nous construisons « à notre image » selon Wiener, mais aussi « à la convenance » de certains et de certaines tâches, nous nous évertuons à la rendre compatible avec chacun et chacune de nos tâches. Elle devient une partie intégrée à notre environnement. Comme la parole, comme l'écriture par lesquelles nous nous exprimons, mais aussi nous recevons aussi des ordres, et dont l'expression peut être contrainte par la censure, la pire de toute étant celle du paradigmatiquement correct. Ainsi, de la même manière que pour la parole et l'écriture, nous ne sommes pleinement nous-mêmes qu'avec notre autodétermination, notre libre arbitre, notre libre expression oratoire et épistolaire. Sans elles nous ne sommes plus membres de la multitude, un en-soi, mais liés à une communauté, à un peuple, à un groupe, un enrôlé (dans quelque chose qui peut fort bien vouloir être un membre collectif de la multitude pour le bien de ses membres : les choses nous en sont à la fois simplifiées, consolidées, etc., mais aussi plus complexes à maîtriser).

Si la machine nous devient une aide à penser, parler et écrire, à nous organiser, à organiser notre environnement, elle devient partie à notre capacitation. Notre personnalité se double de notre digitalité, quel que soit le niveau de notre éducation et de notre intelligence digitale. Notre liberté de parole et d'écriture doit s'étendre de notre liberté digitale.

Nous retombons alors dans le trilogue Socrate, Platon, Aristote. Socrate ne veut pas écrire la pensée pour ne pas la figer et la laisser vivre. Platon répond que ce n'est pas la pensée que l'on écrit, mais un de ses microétats qui est l'idée. Aristote remarque que dès lors l'idée va vivre sa vie au gré des pensées. Aujourd'hui, il nous faut descendre le trilogue d'un cran: ce ne sont plus les pensées qu'il faut faire vivre, les idées qu'il faut utiliser, mais les mots qui les expriment qu'il faut conserver afin que leur bonne intelligence conserve le sens à l'idée qu'ils portent de la pensée qui l'a exprimée.

Mioara Mugur-Schächter applique sa recherche quantique à la cohésion de la connaissance par le double probabilisme des mots: toute connaissance humaine est affectée de la probabilité de l'expérience, dont la connaissance des mots eux-mêmes qui la décrive. L'ensemble du savoir et du tissu social est donc dépendant de la conservation et de la protection, ou de l'altération et de la déformation volontaire ou non du sens des mots. La datamasse, à laquelle nous arrivons, n'a d'intérêt que dans la mesure où l'essence en est décrite de façon homogène par les mêmes mots avec les mêmes unités. Sinon, elle ne peut pas faire sens et devient inutile et sans doute dangereuse puisqu’elle sera sans doute utilisée à des fins de nos gouvernances algorithmiques et ingénierie sociale.

Il est ainsi typique que la publicité, l'enseignement, le commerce et la politique nous parlent du fichier racine unique du DNS, comme centre du nommage du monde : la technologie du DNS connait 60.000 fichiers racines, dont 256 pour chacun de nous, qui peuvent nous être propres. Donc en fait des milliards. Mon vieux fichier copié à Jon Postel comme à bien d'autres et devenu une très vaste manipulation intellectuelle en raison de l’immense valeur financière née de la pénurie ainsi créée dans … les mots.

Ceci est d'autant plus important que la bonne intelligence des mots est l'occasion de discerner comme telle une fonction commune que nous n'avons pas jusqu'à présent identifiée comme telle, alors qu'elle nous est vitale. Cette fonction est l'intellition. Lorsque nous parlons, nous donnons des éléments (données) à notre interlocuteur qui va les entendre à sa manière (ce sont les "captées"). Les données nouvelles sont l'information que nous donnons en tant qu’émetteur ; les captées nouvelles sont de l'information pour le receveur. Toutefois, il nous est nécessaire de traiter les captées par l'intellition, c’est-à-dire par notre intelligence avec celle des choses, pour qu’elles fassent sens : ceci va en faire des traitées. Ce sont les traitées que nous utilisons. Le rôle des machines intelligentes est de nous faciliter l'intellition sans laquelle il ne pourra y avoir d’intercompréhension, c'est-à-dire de relationnel/décisionnel (noogitiel, ou brainware) collectif. Pour cela nous les mettons en réseau de référentiels (ce que nous balbutions avec le web sémantique). Plus ce réseau est vaste plus nous aurons des variations de sens que notre processus intellitif va pondérer entre sa perception, les suggestions collectées, les indications de la cognition .... et sa capacité à l’exprimer (théorie de l’énonciation) à partir de son arsenal linguistique et des méthodes de pensées déductive, inductive et abductive qui lui vont le mieux.

Sauf que la machine qui doit lui simplifier la vie ne fonctionne pas comme cela. Elle utilise une mécalangue standard apprise par CD commercial. Et elle vit dans un univers de données, captées, traitées a trois dimensions: celui des données (etc.), des métadonnées (données sur les données) et des syllodonnées (données entre les données). Cet univers n'a qu'un point commun avec celui de l'homme : la notion de succession que les machines appellent séquencement des pas de traitement (cycles) et nous le temps ou l'enchaînement des microétats de l'univers dont les cycles sont des enchaînements. Le résultat est que l'ordinateur raisonne par traitement métaductif, c'est à dire en faisant la part belle aux métadonnées et à leurs syllodonnées (ce qui est heureux, car la complexité est l'enchevêtrement des syllodonnées qui simplifient "par en dessous" la simplicité des choses : sans l’ordinateur elle nous serait fermée).

Au passage, la langue au monde qui fait le plus la part belle à la métalangue, et de loin, et donc fait penser au plus près d'un système informatique intelligent est la langue française. Ceci vient de François 1er qui a fait du français la langue de la loi. Villers-Cotterêts est la première mouture du Code civil que Louis XVI voulait revoir et que Napoléon a publié lançant la francisation de la France et d’une partie du monde. L’idée était que tous soient égaux devant la proposition, la discussion et l’application de la loi, par la maîtrise intégrée à la langue commune des mots de la Loi. Le combat du nommage est ce combat-là au niveau des machines. Pour quelque chose que nous appelons aujourd'hui les "valeurs de la francophonie".

Ceci a une conséquence très simple à comprendre, mais fondamentale pour expliquer tous nos tourments actuels à ne pas le prendre en compte : Einstein nous a expliqué que nous étions dans un espace-temps; il nous faut lui rajouter les trois autres dimensions des ordinateurs et le colorer de chacune de nos langues pour parvenir au monde qui devient le nôtre. Sa multimécalinguistique s’intègre à notre vie personnelle et relationnelle qui dépend de plus en plus de notre "digilité" ... qu'il nous faut construire et défendre comme la face digitale de notre unique personnalité.

Là aussi nous devons être décideurs et donc, par exemple, acheteurs dans le domaine commercial, et non pas manipulés par la publicité portée par défaut par nos machines, et traité comme simples consommateurs.


Dans la marine, où l'on dépend de l'heure précise pour faire le point, les montres de précision sont appelées les "garde-temps". L'ordinateur en réseau devient peu à peu le "garde-sens" des mots, un dictionnaire de référence dynamique. Toutefois, ceci ne doit pas réduire par trop le probabilisme du sens des mots, qui permet la souplesse des relations et l'exploration mentale humaine et conduit à la découverte de notions nouvelles, par exemple par la métaphore, et à l’innovation technique. Il permet aussi de ne pas devoir disposer d'une infinité de mots pour décrire des choses proches: les mots sont quantiques. C'est ce qu'exprime Jon Postel dans son dicton fameux "soit libéral dans ce que tu reçois et conservateur dans ce que tu envoies".

Mais, attention, cette réduction du nombre de mots,et la rigidification de la pensée qui en résulte, est un moyen de forcer la décision d’achat ou de soumission : là est notre faiblesse à ne pas tirer le parti suffisant de nos machines que l'on croit sur la parole de Google ou de la NSA, ou d’accepter que l'on nous en empêche par complication inventée (la complication est l’opposé de la complexité) ou nouvelles versions commerciales.

Là est aussi notre force: notre capacité d'invention d'une manière d'agir ou de faire agir les machines (innovation) est notre réponse aux effets d'entrainement des foules sur lequel comptent nos manipulateurs physiques (constructeurs de machines), mentaux (publicitaires) et spirituels (le cybersociétalement correct). C'est tout simple : nous le faisons tous les jours dans les trois dimensions qui nous sont familières. Nous apprenons à le faire dans l'espace-temps (c'est dans la constitution française : le devoir de précaution est la prise en compte architectonique de l’effet futur). Nous devons devenir le capitaine de notre "internef" pour naviguer dans les dimensions de la datamasse, sauf à y boire la tasse.


Cela commence par donner la maîtrise à notre cerveau naturel de ses extensions artificielles, et donc par le langage, les mots et les langues (le tout en réseau entre les gens et les machines) et la compréhension dont les machines les utilisent d’une manière qui nous est différente.

D'où l'intérêt, a minima car ce n'est que le début, de la maîtrise des espaces de noms digitalisés. Quod erat demonstrandum au bout de 1862 mots.

jfc